31. 03. 2026
31. 03. 2026
La logistique des marchandises au coude du Rhin se réinvente
Bâle dispose d’une interface trimodale, unique en son genre en Suisse, pour le trafic de marchandises : environ un dixième des importations suisses de marchandises passent par les Ports rhénans suisses de Kleinhüningen, Birsfelden et Muttenz. Une part importante des marchandises acheminées vers la Suisse par le Rhin est ensuite transférée sur le rail. Sous l’effet de la politique de transfert suisse, le transbordement de conteneurs est appelé à jouer un rôle accru.
Bâle en tant que plaque tournante trimodale : près d’un dixième des importations suisses de marchandises transitent par les ports rhénans – un pilier essentiel du trafic de marchandises. © LITRA
Par Benedikt Vogel, auteur indépendant
Début mars, les Ports rhénans suisses ont publié les chiffres pour 2025. La publication met en évidence le rôle des ports de Bâle-Kleinhüningen, Birsfelden et du port Auhafen à Muttenz dans le trafic de marchandises à l’échelle nationale : 3,8 millions de tonnes de marchandises sont arrivées en Suisse depuis le Rhin supérieur.
Près de la moitié était constituée de produits pétroliers, mais les pierres et terres, les produits chimiques et l’acier représentaient également une part importante. L’importation de céréales a elle aussi joué un rôle majeur. D’importants silos sont disponibles au coude du Rhin pour leur entreposage. Les exportations de marchandises en aval du Rhin s’élèvent à près d’un million de tonnes, soit moins que les importations, les matériaux recyclés arrivant en tête.
Avec un transbordement total de 4,8 millions de tonnes, les ports rhénans restent des acteurs modestes à l’échelle internationale. Au port de Rotterdam, le volume de marchandises transbordées est environ cent fois supérieur, sans parler du plus grand port à conteneurs du monde, situé à Shanghai.
Pour la Suisse, en revanche, le transbordement des marchandises au coude du Rhin revêt une importance centrale : les terminaux de transbordement des trois ports traitent environ 10 % des importations de marchandises du pays, dont près de 30 % de tous les produits pétroliers importés. Cela est particulièrement visible au niveau du grand parc de réservoirs du Auhafen à Muttenz, où les imposantes grues de manutention rivalisent pour attirer le regard.
Le parc de réservoirs du Auhafen à Muttenz fait notamment office de réserve obligatoire en cas de guerre ou de pénurie. © Port of Switzerland
Interface trimodale
Les ports rhénans de Bâle donnent le ton en matière de logistique durable. « Une part relativement importante des marchandises entrantes est transférée sur le rail pour le transport ultérieur, et à ce niveau, nous figurons parmi les leaders mondiaux », explique Simon Oberbeck. Simon Oberbeck est directeur de l’Association suisse de navigation et d’économie portuaire (SVS), qui représente 80 entreprises actives dans les ports rhénans.
Il convient toutefois d’examiner de plus près la répartition modale : pour les marchandises en vrac comme les céréales, la part du rail atteint jusqu’à 80 %, tandis que pour les conteneurs, elle ne s’élève qu’à environ 10 %. Au total, 56 % du tonnage de marchandises est transféré du bateau au rail, le reste étant acheminé par camion.
Depuis les années 1980, les marchandises circulant dans le commerce international sont de plus en plus souvent transportées dans des conteneurs standard de 20 ou 40 pieds (6,1 ou 12,2 mètres). L’année dernière, les ports rhénans ont transbordé un volume d’environ 112 000 EVP (équivalent vingt pieds) de marchandises depuis ou vers des cargos, soit l’équivalent de 112 000 conteneurs de 20 pieds. Le trafic de conteneurs est effectué essentiellement par le port de Bâle-Kleinhüningen, lequel dispose de trois terminaux à conteneurs, et dans une moindre mesure par le port de Birsfelden.
Outre les gares portuaires de Kleinhüningen et Birsfelden, la gare de triage de Muttenz fait également partie l’interface multimodale. Le fait que des marchandises soient transférées directement du bateau au rail à Bâle n’est d’ailleurs pas une évidence, comme l’explique Simon Oberbeck : « Nous avons récemment accueilli une délégation d’experts portuaires belges. Ils ont été étonnés de constater que les marchandises pouvaient passer directement du bateau au train, sans passer par la route. »
Entre les rangées de conteneurs : l’événement des membres de la LITRA offre un regard unique sur l’interface multimodale du trafic de marchandises en Suisse. © LITRA
Transbordement sur des trains complets
La vallée du Rhin supérieur est un axe important du trafic de marchandises européen. Sur la route, les transports de charges lourdes se retrouvent souvent bloqués dans les embouteillages. Le transport ferroviaire de marchandises nord-sud se heurte à un goulot d’étranglement sur le tronçon Karlsruhe-Bâle en raison de voies manquantes. À l’inverse, le Rhin, la troisième voie de transport, dispose de suffisamment d’espace pour des marchandises supplémentaires.
Cela suppose néanmoins que Bâle propose de grandes capacités de transbordement de marchandises à un prix abordable. Créer ces capacités est le but du projet « Gateway Basel Nord » : sur le site de l’ancienne gare de triage de la Deutsche Bahn, un nouveau terminal à conteneurs doit être aménagé au nord de la gare badoise, accompagné d’un nouveau bassin portuaire. Le terminal serait suffisamment long pour permettre le chargement ou le déchargement en une seule fois de trains de conteneurs pouvant atteindre 740 mètres de long.
Le projet Gateway Basel Nord permettrait d’accélérer considérablement le transbordement des conteneurs sur le rail. Jusqu’à présent, seuls des trains partiels peuvent être chargés ou déchargés au niveau des terminaux existants. Cela nécessite de nombreuses manœuvres de triage, et par conséquent du temps et des coûts supplémentaires. Le projet d’aménagement fait l’objet de discussions depuis plus de dix ans.
À l’heure actuelle, le Tribunal administratif fédéral évalue les solutions pour la protection de la flore et de la faune. « La concrétisation du projet Gateway Basel Nord nous rapprocherait de l’objectif de transférer la moitié du trafic de conteneurs à partir de et vers la Suisse sur le rail », explique Jelena Roth, porte-parole des Ports rhénans suisses, qui souhaitent mettre en œuvre le projet en collaboration avec les entreprises logistiques et de transport Contargo, Hupac et CFF Cargo.
Visualisation du projet Gateway Basel Nord avec le troisième bassin portuaire et le terminal de transbordement adjacent en mesure d’accueillir des trains de 740 mètres. © Raumgleiter
Gains d’efficacité grâce à la numérisation
En attendant la mise en service de la nouvelle infrastructure logistique, l’accent est mis sur l’utilisation optimisée des installations portuaires existantes. Le maître-mot est la numérisation. Dans ce contexte, un instrument clé est le « RiverPorts Planning and Information System » (RPIS), fruit d’une coopération entre les ports intérieurs situés sur le cours supérieur du Rhin, entre Duisbourg et Bâle.
Grâce à un système basé sur une application, les capitaines de navires peuvent, par exemple, réserver des créneaux horaires dans les terminaux de différents ports, y compris dans les ports rhénans de Bâle. Cela permet une exploitation plus efficace des terminaux, en évitant les pics d’affluence et les temps d’attente. En outre, le système facilite l’échange en temps réel de nombreuses informations relatives au transport et au statut des cargaisons.
Aujourd’hui, la numérisation se traduit en partie par des terminaux entièrement automatisés dans les grands ports maritimes. Sur différents sites, des essais pilotes sont menés avec des bateaux de navigation intérieure télécommandés. À Bâle, parallèlement aux initiatives de numérisation et d’automatisation, le recrutement de jeunes talents occupe une place centrale : « Pour notre exploitation portuaire moderne, nous avons besoin de professionnels hautement qualifiés », déclare Simon Oberbeck. « Nous investissons, par exemple, beaucoup d’énergie dans la formation de capitaines de navires. » Ainsi, en mai 2024, les Ports rhénans suisses ont inauguré un nouveau centre de formation et d’examen doté d’un simulateur de navigation ultramoderne.
Le port de Kleinhüningen : au terminal de transbordement, les marchandises circulent efficacement entre le bateau, le train et la route. © Patrik Walde
Un instrument important de la politique de transfert
Les ports rhénans apportent une contribution importante à la politique de transfert à laquelle la Suisse est attachée. La politique nationale en a également pris conscience. La révision complète de la loi sur le transport de marchandises, en vigueur depuis 2016, a permis au Parlement de donner à la Confédération la possibilité de soutenir financièrement les infrastructures portuaires. En mars 2025, le Parlement a une nouvelle fois adopté une révision de la loi sur le transport de marchandises. Cette révision renforce le trafic de marchandises par train et par bateau.
Depuis janvier 2026, et conformément à la nouvelle loi, la Confédération verse des contributions de transbordement et de chargement aux exploitants de voies de raccordement et d’installations de chargement pour le transport combiné. Par ailleurs, l’aide aux installations de transbordement et de chargement est désormais renforcée par des contributions d’investissement et simplifiée administrativement. À l’avenir, une convention de prestations entre les Ports rhénans suisses et la Confédération devra garantir une base pour le financement à long terme des infrastructures portuaires.
Les trois ports rhénans de Bâle : Kleinhüningen, Birsfelden et le Auhafen à Muttenz, en tant que plaques tournantes centrales du trafic de marchandises en Suisse. © Port of Switzerland
Là où se rencontrent bateau, rail et route : aperçu de l’une des principales plaques tournantes de Suisse. © LITRA
La porte de la Suisse sur le monde : l’événement des membres de la LITRA dans les ports rhénans
Tandis que le transport de voyageurs occupe souvent le devant de la scène dans le débat public, un pilier central du système de transport suisse reste souvent en arrière-plan : le trafic de marchandises. À cet égard, la navigation sur le Rhin joue un rôle clé.
À l’occasion de l’événement des membres de la LITRA de cette année, environ 80 invités ont bénéficié d’un accès exclusif aux ports rhénans suisses à Bâle, et ainsi à une interface multimodale d’une grande importance pour l’économie et l’approvisionnement du pays.